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Article consacré à la Dre Sophia B. Jones

Dernière mise à jour : 21 août 2023

Avertissement : cet article vise à célébrer la vie et les réalisations de la Dre Sophia B. Jones, une femme noire du Canada qui a étudié et pratiqué la médecine aux États‑Unis. Cependant, il comporte de brèves discussions sur le sexisme et le racisme anti-noir auxquels la Dre Jones et d’autres médecins ont été confrontés lorsqu’ils ont poursuivi des études médicales au Canada et aux États-Unis. Aux membres de la communauté noire, pensez d’abord à votre bien-être personnel avant de poursuivre la lecture de cet article.

Dre Sophia B. Jones

Je m’appelle Brittany Pompilii et mon pronom privilégié est « elle ». Je réside sur le territoire traditionnel des peuples Haudenosaunee, Anishinabewaki, Attiwonderonk, Mississauga et Mississaugas des Premières Nations Credit. Cette terre est actuellement connue sous le nom de Niagara, en Ontario. En tant que femme blanche cisgenre issue de la classe moyenne, je reconnais à quel point mon expérience dans la poursuite d’études supérieures a été privilégiée. Personnellement, j’ai été en mesure de fréquenter une université près de chez moi, et d’y suivre le programme de mon choix. Je ne peux qu’imaginer la lourdeur de l’expérience vécue par la Dre Jones dans la poursuite de ses études en médecine; elle a non seulement dû déménager dans un autre pays, mais elle a aussi étudié et travaillé dans un domaine fortement dominé par les hommes et les Blancs. Je n’entends pas m’exprimer au nom des femmes noires qui exercent la médecine; cependant, je tiens à reconnaître que ma situation et mes expériences peuvent influencer mes écrits en racontant l’histoire de la vie de la Dre Jones.


Cet article souligne les réalisations de la Dre Sophia B. Jones, la première femme noire à obtenir un diplôme de la faculté de médecine de l’Université du Michigan. Publié à l’occasion du Mois de l’histoire des Noirs, cet article souligne ce que la vie de la Dre Jones a légué en matière de réalisations; cette femme noire canadienne est une source d’inspiration, qui s’est battue pour réaliser ses rêves, qui a visé très haut, léguant ainsi un héritage qui a eu et continuera d’avoir un impact positif sur les personnes de race noire qui poursuivent des études de médecine, et ce pour les générations à venir.


Introduction

L’histoire de la Dre Sophia Bethena Jones commence à Chatham, en Ontario. La Dre Jones est née le 16 mai 1857, fille de James Munroe Jones et Emily Frances Jones, et vivant avec ses trois sœurs et deux frères (1, 2). Les parents de Sophia Jones ont participé au mouvement abolitionniste au Canada; leur activisme aurait influencé son désir d’éliminer les obstacles auxquels étaient confrontées les femmes dans le domaine médical (1). En grandissant, elle démontrait une passion pour la médecine et la santé publique, et décida de poursuivre des études de médecine à l’Université de Toronto. Au XIXe siècle, en Ontario, les femmes avaient peu d’occasions d’obtenir un diplôme en médecine, et Sophia Jones se sentit frustrée par les programmes limités de formation médicale offerts aux femmes (3). En tant que femme noire, Sophia Jones se vit refuser l’accès à une formation médicale complète; elle ne pouvait donc pas devenir médecin au Canada. Pour ces motifs, elle déménagea à Ann Arbor, au Michigan, où elle fréquenta la faculté de médecine de l’Université du Michigan. C’est là qu’elle est devenue une figure de proue dans l’histoire, en tant que première femme noire à obtenir un diplôme en médecine accordé par cet établissement (4).


C’était une expérience que les femmes vivaient couramment au Canada, alors qu’elles ne pouvaient fréquenter la faculté de médecine qu’aux États-Unis, bien avant de pouvoir le faire au Canada. Ce n’est qu’en 1871 que les femmes furent acceptées à la faculté de médecine pour assister à des conférences, et ce n’est qu’en 1883 que la première femme put obtenir un diplôme en médecine au Canada (5, 6). Cependant, au Canada comme aux États-Unis, les femmes blanches ont pu fréquenter une école de médecine et obtenir leur diplôme de médecine bien avant les femmes noires. La première femme blanche, la Dre Elizabeth Blackwell, a obtenu un diplôme de médecine aux États-Unis en 1849, tandis que la première femme noire, la Dre Rebecca Lee Crumpler, a obtenu son diplôme de médecine en 1864, soit quinze ans plus tard (6). Au Canada, la première femme blanche à obtenir un diplôme en médecine, la Dre Emily Stowe, est inscrite dans l’histoire au Temple de la renommée médicale canadienne, tandis que la première femme noire à obtenir un diplôme en médecine au Canada reste inconnue à ce jour, car elle est passée inaperçue dans l’histoire (5). Cette disparité dans la reconnaissance des réalisations pionnières accomplies par des femmes constitue une injustice, et s’inscrit dans la continuité des abus et des préjugés qui ont sévi au Canada et qu’ont subis les femmes racialisées dans le domaine médical, en particulier les femmes noires et autochtones. Pour en savoir davantage sur les expériences racistes et discriminatoires qu’ont vécu les Noirs dans le domaine médical, cliquez ici.


Carrière médicale

Après avoir obtenu son diplôme de la faculté de médecine de l’Université du Michigan en 1885, la Dre Jones a enseigné la médecine au Spelman College d’Atlanta, en Géorgie. Le Spelman College est le plus ancien collège privé pour femmes noires aux États-Unis et l’un des premiers collèges établis pour les femmes noires dans le Sud (7). En tant que première membre de la faculté au Spelman College, la Dre Jones a fondé le programme de formation des infirmières, qui avait pour objectif de fournir une formation médicale de haute qualité aux femmes fréquentant l’école (1; 8). La Dre Jones a également dirigé les opérations de l’infirmerie de Spelman (8). De nos jours, le Spelman College a été nommé l’une des meilleures écoles d’études de premier cycle, qui compte le plus grand nombre d’étudiants en médecine de race noire aux États-Unis (9)!

Après avoir travaillé au Spelman College pendant plusieurs années, la Dre Jones a déménagé à l’Université Wilberforce, une institution privée, historiquement noire, dans l’Ohio. À Wilberforce, la Dre Jones a travaillé comme médecin résident et a prodigué des soins de santé aux Noirs de la communauté (10). Par la suite, la Dre Jones a pratiqué la médecine à travers les États-Unis, notamment à Saint Louis au Missouri, Philadelphie en Pennsylvanie et Kansas City au Missouri (11). Tout au long de sa carrière de médecin, la Dre Jones s’est efforcée de prodiguer des soins et d’améliorer la santé des Noirs du pays.

Dre Sophia B. Jones

« Fifty Years of Negro Public Health », Dre Jones, auteure

En septembre 1913, la Dre Jones a publié une étude intitulée « Fifty Years of Negro Public Health » dans The Annals of the American Academy of Political and Social Science (12). Cet article est devenu l’une des premières études de recherche publiées par des femmes noires dans le domaine médical, suivant la voie tracée par la Dre Rebecca Lee Crumpler.

L’article de la Dre Jones a mis en lumière les expériences des Noirs en matière de santé, en se concentrant spécifiquement sur le risque accru de décès, de mortalité infantile et de maladies telles que la tuberculose et la syphilis au sein de la communauté. Elle a lutté contre les opinions ignares avancées par les Blancs, selon lesquelles la mortalité chez les Noirs avait augmenté après la fin de l’esclavage. La Dre Jones a également parlé des conséquences de la guerre civile et du traumatisme intergénérationnel de l’esclavage qui ont eu des répercussions sur l’état de santé des Noirs, et ce, jusqu’à nos jours. Dans cet article, la Dre Jones s’adresse à ses collègues professionnels de la santé en leur demandant d’agir en faveur de l’équité en matière de santé pour tous, en commençant par se familiariser avec les expériences vécues par les Noirs aux États-Unis (1; 12).

L’une des citations les plus connues des articles de la Dre Jones véhicule un message puissant, et toujours d’actualité :

« Il n’est pas exagéré d’espérer la victoire d’une race qui, en cinquante ans, a réduit son analphabétisme de 95 à 33,3 % selon les chiffres du recensement de 1910. Que l’enseignement de la physiologie élémentaire générale, y compris la physiologie sexuelle, et de l’hygiène soit confié sur une base rationnelle dans toutes les écoles et dans tous les collèges de couleur, à la compétence d’hommes et de femmes entièrement formés et ayant une excellente connaissance des problèmes de santé mentionnés précédemment, et il n’y a aucun doute que le résultat suite au conflit deviendra une chute à ce point rapide du taux de mortalité et de la morbidité qu’elles déconcerteront le monde civilisé. » (12).

La Dre Jones a plaidé pour l’importance de l’éducation, y compris l’éducation sexuelle, pour tous. Elle croyait en des opportunités équitables d’accès à l’information et aux connaissances sur la santé, et a mis en lumière les avantages qui découlent des politiques d’égalité en matière d’éducation, à savoir principalement :

  1. Diminution du taux de mortalité

  2. Réduction des maladies à travers le monde.

Héritage

Après avoir servi de nombreuses années en tant que médecin, la Dre Jones prit sa retraite et déménagea à Monrovia en Californie, avec sa sœur, où elles s’adonnèrent toutes deux à la culture des oranges. Le 8 septembre 1932, la Dre Jones est décédée à l’âge de 75 ans (13, 14).


L’héritage de la Dre Jones perdure encore de nos jours. En 1997, la Fitzbutler Jones Society† a été mise sur pied à l’Université du Michigan en l’honneur des réalisations de la Dre Jones, ainsi que de son dévouement et de sa passion pour l’évolution de la santé et des opportunités des Noirs dans le domaine médical et dans la communauté en général (3, 11). La faculté de médecine de l’Université du Michigan a également fondé le Sophie Jones Lectureship (conférences Sophie Jones) sur les maladies infectieuses et a baptisé une salle de conférence la « Sophia B. Jones Room ». La salle et la série de conférences ont été créées pour honorer la Dre Jones en tant que première femme noire ayant obtenu un diplôme universitaire. (1).


La Fitzbutler Jones Society offre aux étudiants et aux anciens étudiants en médecine de race noire un soutien financier et un mentorat pendant et après leurs études à la faculté de médecine de l’Université du Michigan. La Société soutient l’éducation et la formation des médecins, des scientifiques et des chercheurs noirs dans le domaine médical, en l’honneur du parcours en médecine réalisé par la Dre Jones (1). Pour reprendre les propos de Nina Reid-Maroney, « Sophia Jones illustre la façon dont les femmes ont saisi les possibilités offertes par l’enseignement supérieur [...] et ont profité de l’éducation pour éliminer et dépasser les restrictions imposées en matière de rôles publics joués par les femmes au [...] Canada » (1, 15).


La Fitzbutler Jones Society a également été nommée en l’honneur du premier diplômé de race noire de la faculté de médecine de l’Université du Michigan, le Dr William Henry Fitzbutler. Fitzbutler a obtenu son diplôme en médecine en 1972, treize ans avant la Dre Jones (4; 7).


Découvrez-en davantage sur Rebecca Lee Crumpler, la première femme afro-américaine à devenir médecin aux États-Unis, en cliquant ici.


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Références

  1. Nos histoires : Sophia B. Jones Charts a Course of Success for African-American Doctors [Internet]. [date inconnue; cité le 13 février 2021]. Disponible sur https://www.spelman.edu/about-us/news-and-events/our-stories/stories/2016/04/01/sophia-b.-jones.

  2. Calkins LM. Jones, Sophia Bethena [Internet]. [lieu inconnu.] Oxford African American Studies Center; [date inconnue; cité le 13 février 2021]. Disponible sur : https://oxfordaasc.com/view/10.1093/acref/9780195301731.001.0001/acref-9780195301731-e-37266.

  3. Pioneers and pathbreakers: Celebrating Black History Milestones at Michigan Medicine [Internet]. Michigan Medical Headlines. Le 12 février 2020 [cité le 13 février 2021]. Disponible sur : https://mmheadlines.org/2020/02/pioneers-and-pathbreakers-celebrating-black-history-milestones-at-michigan-medicine/.

  4. Bordin R. Women at Michigan: The “Dangerous Experiment,” 1870s to the Present. Ann Arbor (MI) : University of Michigan Regional; 2001.

  5. Emily Stowe MD : Women in Medicine [Internet]. Canadian Medical Hall of Fame; [date inconnue; cité le 13 février 2021]. Disponible sur : https://www.cdnmedhall.org/inductees/emilystowe#:~:text=It%20was%20not%20until%201871,Physicians%20and%20Surgeons%20of%20Ontario.

  6. Weiner S. Celebrating 10 women medical pioneers [Internet]. Association of American Medical Colleges; [3 mars 2020; cité le 13 février]. Disponible sur : https://www.aamc.org/news-insights/celebrating-10-women-medical-pioneers.

  7. Spelman College [Internet]. [lieu inconnu]: Encyclopedia of African-American Culture and History; [mis à jour le 10 mars 2021; cité le 13 février 2021]. Disponible sur : https://www.encyclopedia.com/history/encyclopedias-almanacs-transcripts-and-maps/spelman-college.

  8. Our Stories : Sophia B Jones and Ludie Clay Andrews, Class of 1906 [Internet]. [date inconnue; cité le 13 février 2021]. Disponible sur : https://www.spelman.edu/about-us/news-and-events/our-stories/stories/2020/04/08/sophia-jones-ludie-clay-andrews.

  9. Undergraduate Institutions That Feed the Most Black Students to U.S. Medical Schools [Internet]. [lieu inconnu]: The Journal of Blacks in Higher Education; le 23 juillet 2018 [cité le 13 février 2021]. Disponible sur : https://www.jbhe.com/2018/07/undergraduate-institutions-that-feed-the-most-black-students-to-u-s-medical-schools/.

  10. About Wilberforce University [Internet]. [lieu inconnu]: Wilberforce University; [date inconnue; cité le 13 février 2021]. Disponible sur https://wilberforce.edu/about-wilberforce/.

  11. Building the Next Generation of African-American Physicians: The Fitzbutler Jones Society reaffirms its commitment to scholarship support [Internet]. Medicine at Michigan. 2012 : p. 34-35. Disponible sur : http://www.medicineatmichigan.org/sites/default/files/archives/fitzjones.pdf.

  12. Jones SB. Fifty Years of Negro Public Health. Ann Am Acad Pol Soc Sci. Sept. 1913; 49 : 138-146.

  13. Michigan Alumnus, Volume 27. Ann Arbour (MI): University of Michigan Alumni Association; 1921.

  14. Michigan Alumnus, volume 39. Ann Arbour (MI): University of Michigan Alumni Association; 1933.

  15. Reid-Maroney, N. African-American Women and New World Diaspora, circa 1865. Can Womens Stud. 2004; 23 (2) : p. 92-96.



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